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Construction des identités professionnelles chez de jeunes professeurs des écoles issus des immigrations : le rôle des relations interpersonnelles des contextes familial et scolaire

Enregistrer au format PDF  Version imprimable de cet article Version imprimablesamedi 1er novembre 2014, par Pascale AUDEBERT

Thèse de doctorat en Psychologie, soutenue le 15/10/2014, préparée sous la direction de Jean Guichard au CNAM, dans le cadre de l’École doctorale Abbé Grégoire (Paris), en partenariat avec le Centre de Recherche sur le Travail et le Développement (laboratoire).

Cette recherche qualitative, conduite dans un cadre épistémologique socioconstructiviste, a pour objectif d’explorer la construction des identités professionnelles de jeunes professeurs des écoles issus des immigrations.

Les données de l’enquête ont été recueillies à l’aide d’entretiens semi-directifs auprès d’une population de 20 professeurs des écoles de la région Aquitaine âgés de 30 à 35 ans (10 issus des immigrations – 10 d’ « origine française »). Une analyse de contenu thématique du verbatim des entretiens a ensuite été réalisée. Des comparaisons entre les 2 groupes ont mis au jour des points communs et des différences au niveau : de l’éducation familiale reçue, des valeurs, du rapport à la religion, du choix du métier (désirabilité relative), des représentations et postures professionnelles.

L’analyse du discours des enseignants issus des immigrations a révélé l’apport primordial des relations interpersonnelles dans la construction de leur Soi professionnel : c’est dans les interactions et dialogues avec les autrui significatifs de leurs contextes de vie (notamment familial et scolaire) que ces sujets se sont orientés, ont élaboré et concrétisé leur projet professionnel. Si en tant que descendants de parents immigrants, ils ont à relever des défis spécifiques (se construire dans une identité biculturelle, faire face à la discrimination, etc.), la diversité de leurs parcours d’intégration psychosociale et de leurs processus de personnalisation se manifeste par la construction d’identités professionnelles plurielles. Celles-ci se traduisent notamment par 2 manières d’être au métier : s’investir d’une mission professionnelle interculturelle en jouant un rôle de médiateur auprès d’élèves issus de familles défavorisées et/ou immigrées ; ne mettre en œuvre aucune pratique volontariste.

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Extraits de la conclusion

« La plupart des enseignants issus des immigrations ont relaté avoir fait l’expérience de la discrimination et/ou éprouvé un sentiment d’altérité douloureux en lien avec leur « origine » ethnoculturelle au fil de leur parcours de vie. Durant leur jeunesse, ils ont éprouvé une sensibilité à la discrimination à l’égard des élèves issus des immigrations et un sentiment d’injustice face aux orientations ethniques. Pour faire face au stress et aux défis spécifiques de leurs expériences de vie, les professeurs des écoles issus des immigrations ont recours à diverses stratégies identitaires : être discret et ne pas faire de vagues ; être un bon élève ; rechercher du soutien social ; relativiser, prendre du recul, réévaluer positivement son expérience ; occulter, éviter ; affronter le problème ; procéder à une comparaison sociale descendante ; se ressourcer auprès de sa famille ; avoir une pratique religieuse ; se réfugier dans la lecture ; faire du sport.

Devenus enseignants, plusieurs d’entre eux ont perçu une remise en cause de leur légitimité à être professeur des écoles en raison de leur « origine » : par des parents d’élèves ou des personnels de l’Education nationale. Acquérir une reconnaissance sociale auprès d’autrui et de la société et une légitimité en tant qu’enseignant quand on est issu des immigrations peut prendre un certain temps, chacun à sa manière mettant en œuvre des conduites de personnalisation pour tenter d’y parvenir. »

« L’impact de la discrimination sur la construction du Soi professionnel des enseignants issus des immigrations a probablement été sous-estimé dans notre recherche. Nous en avons pris conscience au fur et à mesure des interviews, car, si certains enseignants ont beaucoup développé cet aspect dans le récit de leur parcours de vie, d’autres sont restés très réservés sur cette question. Lors d’échanges informels postérieurs à la passation des entretiens, et après avoir lu les transcriptions du verbatim des "récits de vie" d’autres enquêtés, quelques enseignants issus des immigrations nous ont suggéré que le fait que les interviews soient menées par une chercheuse d’« origine française » avait probablement contribué à brider le discours de certains de leurs pairs. Comme ce fût le cas pour nous avant ces rencontres, la majorité des enseignants d’« origine française » de l’enquête n’a pas conscience de la discrimination dont leurs collègues issus des immigrations sont la cible, la plupart n’en avaient même jamais rencontré (ou peu) et ne s’étaient jamais interrogés à ce sujet. »

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